Cannabis thérapeutique : première étape vers son autorisation en France

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Une première étape vers l’autorisation du cannabisthérapeutique a été franchie en France jeudi 13 décembre 2018 avec l’avis positif du comité d’experts nommé par le gouvernement, mais la voie reste longue avant la mise sur le marché. La retransmission des auditions est disponible sur YouTube.

Douleurs, épilepsie, cancers, sclérose en plaques

Le comité d’experts mis en place par l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM) juge « pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique (…) dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques » existantes. Il s’agit des « douleurs réfractaires aux thérapies accessibles« , de « certaines formes d’épilepsies« , « des soins de support en oncologie » (cancers), des « situations palliatives » et des contractions musculaires affectant les malades de sclérose en plaques.

Le cannabis thérapeutique pourrait être prescrit sous forme non fumée

Ce premier avis sera suivi de plusieurs mois de travail pour définir les modalités de mise à disposition du cannabis, si le comité d’experts est suivi par l’Agence du médicament. Suivra une décision politique, pour instaurer une éventuelle modification législative légalisant l’usage du cannabis thérapeutique. « Il n’est pas sûr » que le cannabis médical puisse être mis à disposition des patients avant 2020, a estimé prudemment le professeur Nicolas Authier, président du Comité scientifique, auprès de l’AFP. Beaucoup reste à faire : il faut encadrer la mise sur le marché et le suivi des patients. Le cannabis médical ne pourra pas être utilisé en première intention mais seulement en complément d’autres traitements, car les études sont trop lacunaires. « On n’a pas un niveau de preuve permettant de le prescrire en première intention« , souligne le Dr Authier.

Le Comité préconise qu’« un registre national pour assurer une évaluation de son bénéfice/risque (soit mis en place), qu’une évaluation des effets indésirables soit régulièrement faite par les réseaux de pharmacovigilance et d’addictovigilance, et que la recherche soit favorisée ».

Le Comité exclut d’emblée « la voie d’administration fumée« , c’est-à-dire notamment le joint, compte tenu des risques de la combustion pour la santé, tout aussi cancérigènes que le tabac. D’autres voies d’administration vont être étudiées : sprays, inhalation, gélules, gouttes, suppositoires, huiles, voie sublinguale, patch… La délivrance des produits – certains préfèrent la restreindre aux pharmacies des hôpitaux – ainsi que les modalités d’un éventuel remboursement restent à définir. « Il ne faut pas que le cannabis thérapeutique soit accessible seulement aux patients aisés qui peuvent payer la totalité du coût« , estime le Dr Authier.

Aujourd’hui inaccessible

Les patients français qui sont soulagés par le cannabis thérapeutique sont jusqu’à présent contraints de se fournir sur le marché illégal, sans garantie sur la qualité des produits, ou d’aller dans des pays où le cannabis médical est autorisé comme la Suisse. Certains sont poursuivis par la justice pour avoir fait pousser quelques plants afin de concocter leur propre préparation, comme cette patiente de Meurthe-et-Moselle qui a témoigné la semaine dernière lors d’un colloque à l’Assemblée nationale. Souffrant d’une maladie chronique inflammatoire très douloureuse, elle consommait une huile à partir de cannabis et réclame « le droit de tester cette plante« . Le député Olivier Véran, neurologue, fait état d’une « dizaine de ses patients » que seul le cannabis thérapeutique peut soulager, souffrant d’algies de la face, de sclérose en plaques, de troubles neurologiques.

Une trentaine de pays dans le monde dont de nombreux États américains et le Canada autorisent le cannabis thérapeutique, dont 21 de l’Union européenne ainsi que la Suisse, la Norvège, Israël et la Turquie. En France, un seul médicament à base de cannabis, le Sativex, a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en 2014 pour les raideurs et contractions musculaires (« spasticité ») de la sclérose en plaques, mais il n’est pas commercialisé faute d’accord sur le prix entre le laboratoire et les autorités de santé. D’autres médicaments comme le Marinol sont accessibles uniquement avec une autorisation temporaire nominative, ce qui en restreint considérablement l’usage.

Source: www.sciencesetavenir.fr

Décembre 2018

M.D.

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